Skip to main content

Prise de poids, troubles circulatoires, dysfonctionnement rénal, hypertension artérielle, diabète gestationnel, infections bactériennes ou virales, vergetures, complications à l’accouchement, dépression postnatale : il est notoire que la grossesse et la maternité exposent les femmes à divers  problèmes de santé. Vu qu’ils sont connus, on peut d’ailleurs supposer que ces inconvénients fréquents ont joué un rôle dans l’émergence du mouvement « No kids », cette mode démographiquement suicidaire qui consiste à ne pas faire d’enfants pour soulager la terre et/ou se consacrer à sa carrière.  

Ce que l’on sait moins, c’est que les pathologies et symptômes attribués à la procréation en sont rarement les conséquences. Tout comme les syndromes grippaux (covidiens ou non) viennent révéler et exacerber des morbidités préexistantes, la conception fait apparaître et attise des fragilités anciennes dont elle n’est généralement pas la cause. Le problème est confondu avec la visibilité du problème. De plus, la médecine gynécologique assimile abusivement les épisodes infectieux à un affaiblissement de l’organisme alors que ceux-ci expriment au contraire la vigueur du système immunitaire et sont le signe que les femmes enceintes se détoxiquent pour assainir le placenta et protéger le fœtus. 

Ce que l’on dit encore moins, c’est que les quelques maux liés à la maternité sont allègrement compensés par de nombreux bienfaits pour la santé. Les femmes devenues mères gagnent  en  effet en robustesse et sont moins susceptibles de développer toute une série de maladies, notamment plusieurs types de cancers. Si l’enfantement était un traitement médical, on dirait que le rapport bénéfices/risques est amplement positif. Est-ce pour ne pas les encourager à donner la vie qu’on ne parle presque jamais de ça aux jeunes couples en âge de planifier des naissances ? 

En espérant que cela modifie leur perception de la reproduction humaine, je leur propose ci-dessous un petit inventaire de ces avantages sanitaires scientifiquement établis, tant sur le plan physique que psychique. La majeure partie de ces gains de santé découlent de la pratique de l’allaitement, lequel profite aussi grandement à la maman.  Si cette petite liste pouvait redorer l’image de la condition maternelle, contribuer à relancer la natalité en plein effondrement et donner envie de vivre des « heureux événements », j’en serais moi-même très heureux. 

Amélioration de la santé globale

Si la maternité engendre une cascade de changements physiologiques et psychologiques bénéfiques pour les femmes, il est évident que leur grossesse les pousse également à modifier leurs habitudes de vie, par exemple à arrêter de fumer ou à freiner leur consommation d’alcool. Des enquêtes ont montré que la plupart des femmes qui rompent avec le tabac pour protéger leur bébé ne rechutent pas et qu’elles disent définitivement adieu à la cigarette. Pour ne pas trop grossir et pour se débarrasser des kilos accumulés pendant neuf mois, une majorité de mères veillent aussi à leur alimentation et adoptent des régimes pauvres en sucres ajoutés, ce qui profite à leur santé globale. Afin de retrouver leur silhouette et garder la ligne, nombre de mères s’adonnent en outre à des activités physiques régulières, ce qui améliore également leur état de santé général. 

Moins de risques de cancer

Plusieurs études ont montré que les mères qui allaitent leurs enfants étaient moins susceptibles de développer un cancer du sein ou un cancer de l’ovaire. Dans une analyse regroupant plus de 20 000 femmes, les chercheurs ont constaté que l’allaitement était associé à une réduction de 24 % du risque de faire un cancer de l’ovaire, y compris la forme la plus mortelle. Et dans une revue systématique analysant une centaine d’études, les scientifiques ont observé que le risque de tumeur mammaire était inférieur de 26 % chez les mères qui ont donné le sein. Cette même publication estime que le risque de cancer de l’ovaire est diminué de 37 % pour les femmes ayant allaité. Puisque ces deux types de pathologies cancéreuses sont hormonodépendantes, il va de soi que les changements hormonaux occasionnés par la grossesse et l’accouchement favorisent le système endocrinien féminin. 

Moins de maladies cardiovasculaires et de diabète

Les mères qui allaitent leurs enfants ont moins de risques de développer des maladies cardiovasculaires et du diabète, considérés comme des affections liées au métabolisme. Dans une étude australienne portant sur plus de 100 000 femmes, les chercheurs ont noté que « l’allaitement peut offrir des avantages à long terme pour la santé cardiovasculaire de la mère », constatant que l’allaitement était associé à une diminution des maladies cardiovasculaires, des hospitalisations et des décès. Une autre étude a établi un lien entre l’allaitement maternel et la réduction du risque de développer une maladie coronarienne plus tard dans la vie. D’autres recherches indiquent qu’une durée d’allaitement plus longue est associée à des taux plus faibles de diabète de type 2.

Diminution possible des douleurs menstruelles 

Il n’y a guère de preuves scientifiques que les douleurs menstruelles soient réduites après une grossesse. Certaines femmes auront des règles moins douloureuses, d’autres non. Cela suggère que le corps de chaque femme réagit différemment à l’accouchement. Il est néanmoins établi que l’expulsion du bébé s’accompagne de l’élimination de certains récepteurs de la prostaglandine dans l’utérus, laquelle molécule joue un rôle dans l’intensité des douleurs menstruelles. Selon une autre hypothèse, la gestion des contractions utérines précédant l’accouchement permettrait de mieux gérer ensuite les crampes abdominales. Toujours est-il que certaines femmes rapportent la disparition complète de leurs douleurs menstruelles après une maternité. Celles atteintes d’endométriose constatent souvent une nette amélioration de leurs symptômes. Selon cette étude italienne, ce serait encore un avantage secondaire de l’allaitement. 

Une espérance de vie plus longue

Procréer augmente aussi la possibilité de retarder la mort. Une étude publiée dans le British Medical Journal a montré que les parents (mères et pères) vivaient plus longtemps que leurs homologues qui n’avaient pas d’enfants. L’étude, qui a porté sur plus d’un million de personnes, a révélé que « le fait d’avoir des enfants est associé à une longévité accrue, en particulier au sens absolu du terme, dans la vieillesse ». De plus, une autre étude a montré que les femmes qui ont eu leur dernier enfant après 33 ans ont deux fois plus de chances de vivre jusqu’à 95 ans ou plus que les femmes qui ont eu des enfants à un âge plus jeune. Cette étude renforce d’autres preuves que le fait d’avoir des enfants à un âge plus avancé n’est pas forcément une mauvaise chose.

Plus de bonheur à l’âge mûr

Selon différents rapports, les femmes d’âge moyen ont tendance à être plus heureuses lorsqu’elles sont mères. Comme l’indique la revue Population and Development Review, les chercheurs ont constaté que les femmes âgées de 40 ans ou plus étaient généralement plus heureuses et satisfaites lorsqu’elles étaient mères que les femmes qui n’avaient pas eu d’enfant. L’étude, à laquelle ont participé des personnes originaires de 86 pays, souligne que « les enfants sont un investissement à long terme dans le bien-être ». D’autres recherches montrent des résultats similaires à cette étude multiculturelle de 2014.

Une intelligence supérieure

L’expression « cerveau de maman » est souvent utilisée de manière négative pour dépeindre les épisodes de pensée floue et de brouillard mental chez une nouvelle mère. Pourtant, il est prouvé  que la maternité augmente la taille du cerveau d’une femme et potentialise sa capacité à penser avec une plus grande efficacité !  D’autres recherches montrent que la maternité améliore l’apprentissage et la mémoire. Compte tenu de l’effet positif connu de l’ocytocine sur les performances créatives, les chercheurs émettent également l’hypothèse que sa présence accrue chez les mères en post-partum stimule le regain de créativité.

Une productivité accrue

Ceci expliquant partiellement cela, il est avéré que les femmes reprenant le travail après une maternité ne sont pas moins, voire deviennent plus productives que leurs collègues !  Dans cette étude de 2014 comparant la productivité des mères à celle des non-mères, les chercheurs ont constaté que les mères d’au moins deux enfants sont, en moyenne, plus productives que les mères d’un seul enfant et que les mères, en général, sont plus productives que les femmes sans enfant. L’étude conclut que les grossesses répétées ne devraient plus pénaliser les femmes en termes de promotion professionnelle et d’avancement de carrière. 

La magie du microchimérisme foetal

Le dernier avantage de la maternité pour la santé est fascinant. Il s’agit d’un phénomène connu sous le nom de « microchimérisme des cellules fœtales » (FDM). Pendant la grossesse, des morceaux de placenta et des cellules du bébé se détachent et migrent dans le corps de la femme pour y rester bien après la naissance, parfois pendant plusieurs dizaines d’années ! Ce mécanisme serait impliqué dans la diminution du risque de cancer du sein car des chercheurs ont trouvé moins de cellules chimériques chez les femmes atteintes par la maladie que chez les femmes épargnées. Des cellules fœtales ont également été détectées dans des plaies consécutives aux césariennes, ce qui suggère que le FDM favorise la cicatrisation des tissus maternels. Enfin, ce transfert d’ADN du bébé à la mère pourrait expliquer un autre avantage de la maternité, à savoir un moindre risque de contracter une polyarthrite rhumatoïde, cette maladie étant significativement moins répandue chez les femmes ayant eu des enfants.

Bref, tout se passe comme si, en hébergeant des gènes qui ne sont pas les siens, la mère de famille était mieux prémunie des pertes de santé. Non seulement la nature veut des enfants mais elle s’arrange pour récompenser celles qui en font !  De là à recommander médicalement la maternité, il y a un pas qui pourrait franchement être franchi si notre époque n’était pas si hostile au prolongement de l’espèce humaine… 

Yves Rasir

Laisser un commentaire